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Du 29 janvier au 1er février 2026 s’est tenue la 14e édition d’Art Genève, confirmant une fois de plus sa réputation de l’une des plus fines foires d’art les plus raffinées à taille humaines en Europe. Avec plus de 80 galeries et quelque 27 projets institutionnels, la foire s’est présentée dans un format volontairement maîtrisé, mais d’une grande densité curatoriale. Ni tapageuse ni surmise en scène, elle cultive une approche concentrée, précise, essentielle.

Souvent décrite comme petite sœur plus détendue d’Art Basel, Art Genève 2026 est restée fidèle à son credo «petite, mais exigeante». Là où d’autres foires misent sur l’expansion, Genève mise sur la connexion: entre le marché français, la solide scène des collectionneurs suisses et les acteurs internationaux.

Un trait distinctif majeur réside dans l’intégration étroite de musées et de centres d’art de premier plan. En 2026, la foire a collaboré avec le MAMCO Genève, le Centre d’Art Contemporain ainsi qu’avec des institutions internationales telles que le Swiss Institute New York. Sur le plan artistique, le parcours s’étendait des grandes figures de la modernité – parmi lesquelles des œuvres de Le Corbusier présentées par la Galerie Zlotowski – aux pratiques numériques, aux installations sonores immersives et aux expérimentations matérielles contemporaines.

Sylvie Fleury – omniprésente

Impossible, cette année, de ne pas remarquer présence de Sylvie Fleury. Née à Genève en 1961, l’artiste était omniprésente sur la foire, notamment à travers la Galerie Karma International, au point de s’imposer comme la figure officieuse de cette édition. 

Reconnue internationalement pour son exploration de la culture de consommation, de la mode et des produits de luxe, Fleury analyse depuis le début des années 1990, à travers des stratégies empruntées au pop art et à l’art conceptuel, la fascination pour les marques, les surfaces et les objets de désir. Son travail est fréquemment associé au post féminisme, dans la mesure où elle inscrit délibérément des thèmes jugés «superficiels» — shopping, cosmétique ou glamour – dans le champ de l’art dit noble: sans naïveté, parfois avec ironie, mais toujours avec une précision analytique. 

À Art Genève 2026, ce sont avant tout ses palettes de maquillage monumentales qui ont retenu l’attention. Des œuvres telles que Soleil Contouring Compact Bask apparaissaient, au premier regard, comme des peintures minimalistes et abstraites. Ce n’est qu’en s’approchant qu’elles révélaient leur nature: des agrandissements extrêmes de palettes d’ombres à paupières ou de poudriers – produits de luxe familiers, métamorphosés en icônes artistiques. Par le je de l’échelle et de la matérialité, l’objet jetable devient sculpture pérenne. Typique de Fleury demeure ce travail sur la surface: laques automobiles ultra-brillantes, néons, textures métalliques ou scintillantes renforcent le pouvoir de séduction des œuvres, tout en poussant à l’absurde. Ses pièces célèbrent le luxe autant qu’elles en interrogent les mécanismes. Le fait que l’artiste soit née à Genève et y vive conférait à cette forte présence sur la foire une dimension locale supplémentaire. 

Shopping bags et autres motifs

Depuis ses débuts, Sylvie Fleury travaille avec des motifs récurrents: shopping bags de grandes maisons de luxe internationales, objets chromés issus de l’univers de la technique et de la vitesse, néons aux slogans percutants ou encore readymades dans la lignée de Marcel Duchamp. Ce qui unit ces œuvres, c’est la transposition rigoureuse d’objets du quotidien et de la consommation dans l’espace de l’art – avec ce léger déplacement qui fait naître le sens. À Art Genève, il est apparu avec évidence combien le travail de Fleury reflète le caractère même de la foire: élégant, consciemment attaché aux surfaces, tout en demeurant clair et conceptuellement précis. Le luxe n’y apparaît pas comme une fin en soi, mais comme un phénomène culturel à interroger. 

Petit conseil pour une prochaine visite à Genève: dans de nombreuses boutiques de luxe ou halls d’hôtel à Genève et Zurich, on peut également découvrir des œuvres de Fleury, souvent ses néons, qui dialoguent parfaitement avec l’atmosphère de ces lieux.

Piaget en tant qu’acteur culturel

Dans ce contexte, la présence de Piaget s’est inscrite avec cohérence dans l’ensemble de la foire. La Maison n’a pas envisagé son engagement comme une simple visibilité de marque, mais comme une contribution à un dialogue culturel plus vaste. Au cœur de cette participation figurait une nouvelle édition du Solo Art Genève-Piaget Prize, par lequel Piaget poursuit son engagement à long terme en faveur de la création contemporaine. Cette initiative était complétée par une présentation à conception artistique, reliant design, art et haute horlogerie, sans jamais chercher à occuper le devant de la scène. 

L’évocation de références historiques – particulièrement la relation entre Piaget et Andy Warhol, ainsi que l’acquisition d’œuvres contemporaines soulignaient également la volonté de la Maison de considérer l’art non comme un simple décor, mais comme un véritable interlocuteur. À Art Genève, Piaget est ainsi apparu moins comme un sponsor classique que comme un acteur culturel à part entière, en parfaite adéquation avec l’esprit de la foire: concentré, exigeant et intellectuellement affirmé.


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